Artiste nomade, il se dégage de l’atelier parisien de Dalle-Ore une atmosphère bohème et fantaisiste. Il y règne un délicieux fouillis où se retrouvent concentrés, tous les éléments de son univers : toiles, en cours ou achevées, chevalets et établis, le matériel nécessaire à cette coloriste ainsi qu’une multitude d’ouvrages de villes et de gratte-ciels.
Parmi ses sources d’inspiration, outre ses maîtres, Basquiat ou Twombly, Dalle-Ore reconnaît volontiers une réelle affection pour les années 50-60, l’esthétisme désuet des affiches publicitaires, leurs couleurs et leurs grains de papier si particuliers. Age d’or de la réclame, des slogans, et des personnages de BD dont elle apprécie l’esprit, le ton gai et insouciant. Chez elle tout est propice à la création. De ses nombreux voyages, elle rapporte l’essence même de son inspiration et l’énergie qui se dégage de ses toiles. Curieuse et observatrice, elle photographie, note, dessine et consigne tous ces instants volés sur son carnet de molesquine.


Toujours riches en couleurs, collages et matières, Dalle-Ore travaille ses toiles en leur donnant une dimension tactile. Son style se manifeste aussi bien dans les coups de pinceaux que dans la composition, elle déchire, colle, peint, écrit, convoquant sur la toile, des couleurs tantôt explosives tantôt sourdes, des mots inspirés, des images enjouées, détails d’une autre époque.


Dalle-Ore n’aime pas les séries, mais certains thèmes sont récurrents dans son travail.
Avec une prédilection pour les thèmes urbains et les personnages emblématiques du XXe siècle, sa galerie de portraits passe des icônes Pop aux symboles de la mode, des artistes engagés aux personnages politiques. Dalle-Ore les extraits de leur contexte, accentue les traits, exacerbe les courbes, sature les couleurs, elle compose.

Les portraits conventionnels sont revisités, elle absorbe son sujet, le titille, pour en restituer une vision personnelle qui oscille entre humour et poésie, nostalgie et modernité, provocation ou adoration.

Dalle-Ore transforme nos perceptions, manipule les clichés avec enthousiasme. Dans chacun de ses tableaux elle installe un monde à la fois abstrait et figuratif, où les proportions, les perspectives fantaisistes servent surtout à souligner la liberté de l’artiste. Dans son œuvre, sous de faux airs enfantins, l’imagination a pris le pouvoir. Elle décloisonne les villes, réinvente les contours des buildings par un trait libre et mordant, les revêts de collages et couleurs au grès de son inspiration.

Elle travaille avec humour l’aspect décalé des phrases ou des détails piochés dans les magazines, qui, transposés sur ses toiles, leur donne un second souffle. Entre impulsion et réflexion, ses associations originales forment un ensemble cohérent et harmonieux et ajoutent à la vivacité et à la spontanéité de son oeuvre.
Loin d’être statique, son univers est en perpétuel mouvement et invite l’œil du spectateur à voyager sur sa toile, à l’instar des lettres qu’elle calligraphie et qui semblent se promener avec une fausse désinvolture.

Création intuitive ou message construit, l’œuvre respire et murmure à qui sait l’entendre. Les mots sont actifs dans la perception des couleurs et des formes, offrant un surcroît de richesse à son travail.

Dans ses peintures, mémoire et passé se mélangent au présent, elle insuffle dans ses toiles des motifs et des teintes emprunts d’énergie et de délicatesse, d’humour et de poésie. Expression de son monde intérieur, réel et rêvé. Il s’en dégage un univers dont le plaisir esthétique est immédiat.

Un travail passionné et sincère qui séduit aussi bien les néophytes que les collectionneurs avertis.


Stéphanie Cholez